Il faut qu’on parle de Kévin
Je viens d’achever la lecture du livre de Lionel Shriver et je suis encore sous le choc. Je n’irai pas jusqu’à prétendre que j’ai subi un traumatisme, mais toutes proportions gardées, je n’hésite pas à affirmer que cette lecture m’a fortement remuée.
Pourquoi à l’aube de son seizième anniversaire Kévin va t’il assassiner sept de ses camarades de lycée, un de ses professeurs et un employé de la cafétéria ? C’est ce que sa mère, Eva, va essayer de comprendre. A travers la correspondance qu’elle adresse à Franklin, son mari adoré dont elle est séparée, elle remonte le temps bien avant même la naissance de leur fils.
De lettre en lettre on découvre tout d’abord cette femme, riche et qui court le monde pour les besoins d’une profession dans laquelle finalement elle ne trouve plus la motivation du départ. Quand elle décide de sacrifier sa carrière pour concevoir un enfant, contre le gré de Franklin, son désir de maternité est-il sincère ? Pourquoi à la naissance de Kévin n’éprouve t’elle pas l’émotion sublime que toutes les femmes décrivent ?
Est-ce sa faute si le nourrisson se détourne dès la première tétée du sein de sa mère ? Au fil du temps elle ne peut s’empêcher de scruter chaque fait et geste de Kévin et son regard est impitoyable. L’enfant est difficile certes mais n’est-ce pas le regard incisif de la mère qui l’incite à ne voir en lui que malveillance et cruauté ?
A chaque chapitre la tension monte et après un rejet de la mère indigne, la lectrice que j’étais a commencé à s’interroger sur les agissements de l’enfant. Autant vous dire tout de suite que le suspens est total et que le livre n’apporte aucune réponse. J’étais captivée, avide d’en savoir davantage tout en redoutant la suite, et, bien que me croyant préparée au pire, j’ai été comme fauchée par l’épilogue. J’étais dans le métro et je n’ai pu retenir mes larmes.

























